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Les Açores (Horta) – Espagne (Cadiz), 1 100 miles (12 – 22 juillet 2008)

Ca y est, la transat’ retour est bouclée, nous sommes bien arrivés sur le continent espagnol mardi 22 juillet à 16H, au port de Cadiz (Cadix en français !). La marina est moderne et très bien placée, proche de la vieille ville, magnifique et très animée. On craignait d’être assommés par les prix, ce qui n’est finalement pas le cas : la nuit est à 23 euros tout compris pour notre 35 pieds, raisonnable pour l’Espagne ensoleillée et la haute saison. Bon plan marina donc ! Il existe une autre marina de l’autre côté de la baie dans une zone industrielle, pratique pour faire des travaux mais assez cher, d’après ce que l’on nous a dit.
Alors, cette dernière étape transatlantique ? On se souviendra de cette dernière partie de traversée, plutôt très sportive !
Alain a quitté les Açores et a rejoint Serrières en avion, après avoir parcouru 5 000 km avec nous depuis Cuba, un mois de navigation durant. Merci à lui pour son coup de main à la barre, son égale bonne humeur à bord, son aide précieuse pour le bricolage en escale et ses délicieux desserts & viennoiseries qui nous ont réjouis le palet !

Nous avons quitté le bel archipel des Açores, samedi 12 juillet. Nous attendions un certain vent d’Ouest qui ne s’est jamais pointé… 1 jour ½ de moteur ont alors été nécessaires pour nous dégager de la pétole de l'anticyclone, avec au programme 2 baignades, au milieu des requins (non pas vraiment, c’était pour voir si vous suiviez !).

Ciao le bel archipel des Açores… et à une prochaine !
J’ai crawlé plus vite que le requin, trop fort !



Dimanche soir le vent a commencé à monter... et beaucoup plus fort que prévu : du vent d'Est-Nord-Est (et non Nord-Nord-Est comme prévu dans les fichiers météo...). Résultat : 25 nœuds de vent contre avec rafales à 30 ! Le bateau gîte et tape dans une mer démontée et croisée pendant presque 5 jours... On craint même pour la coque et on se confectionne des traînards pour volontairement ralentir les envolées d’Emilie dans les vagues, à 3 nœuds de vitesse : sur le même principe que l’ancre flottante en cas de tempête, on accroche 2 haussières avec à leur bout des pare-battages jetés dans l’eau à l'arrière du bateau. Avis à ceux qui comme nous naviguent sur un bateau léger en plastique, ces traînards sont très efficaces pour stabiliser la coque. On a 3 ris dans la grand voile et remplacé le génois par la trinquette à l'avant. Le cockpit se remplit régulièrement d'eau, le barreur vire rapidement à l'état de serpillière, d'autant que de nombreuses averses se succèdent. A l'intérieur, un vacarme assourdissant nous empêche de dormir et l’effet « machine-à-laver » nous donne un appétit d´oisillons. On commence un peu à fatiguer et on se résout au pire, au cas où notre petite embarcation ne supporterait pas la pression de kilos de flotte s’abattant sur elle et multiples secousses s’exerçant plus d’une centaine d’heures durant : nous avions préparé un sac étanche avec quelques affaires si on devait finir le voyage en canot de sauvetage !
Sympa cette petite croisière tranquille en amoureux !

On est également légèrement inquiets par l’état d’équilibre de notre mât… En effet, le bas-étai pourtant neuf (un des câbles en acier qui retient le mât...) se rompt net au niveau de la patte-crochet. En désespoir de cause, on frappe l’étai largable et une drisse tendue à fond à l’avant. On doit avoir de bons anges-gardiens, des « réparateurs de bateaux » par la suite nous ont dit que nous avions été très chanceux de pouvoir achever notre transat’ avec un mât entier… la partie supérieure aurait pu facilement céder…
Autres « petits bobos » : quelques poulies arrachées, la pompe de cale réparée par Nico par 4 m de creux…
Pas le temps de poser pour la photo, j’ai un immeuble de 4 étages d’eau à grimper dans quelques secondes… 5, 4, 3… Même pas peur ! (beuhhh, siiii !)






Le régulateur d’allure a été un bien précieux équipier… surtout que nous manquions d’énergie électrique à bord !

8 mm de diamètre d’inox cassé net… ça calme !
Y a plus personne sur l´eau, à part un bâtiment militaire portugais… et nous !










Puis vendredi, le vent se calme à 18 nœuds et tourne Nord-Nord Est, ce qui nous permet d’ouvrir les voiles : on navigue plus plat, on va plus vite et la vie à bord redevient... vivable !

On est contents de s'être sortis de ce coup de vent « contre et longue durée ». Dur physiquement et moralement... mais fait partie de l'expérience ! On sait qu’il y a pire : au même moment, une tempête tropicale sévissait à l’Est des Bermudes, où nous naviguions 2 semaines auparavant seulement… nous espérons que les voiliers « retardataires » sur la saison des cyclones auront pu se réfugier dans les îles (nous pensons à Dave et cet équipage anglais sympa croisé à Cuba qui arrivait pour visiter l’île au moment où nous en repartions…). Et puis l’ouragan Berta au large des USA et Canada rend les conditions de navigation abominables dans cette zone, en ce moment… Tout comme la vie, la mer n’est pas un long fleuve tranquille.


De nouveau gâtés par la splendeur de beaux couchers de soleil

Nos 2000 Km de navigation entre les Açores et le continent se terminent tranquillement cap 100° au portant, en direction du détroit de Gibraltar, à 5,5 nœuds de vitesse. La zone est très fréquentée par les cargos, notre radar (qui re-fonctionne pile poile quand il faut !) se révèle une nouvelle fois très utile, surtout qu’un brouillard à couper au couteau se lève la dernière nuit.





Ca défile jour et nuit. Ce cargo (chinois) nous croise très proche… il a dû voir notre pavillon français !



Mardi matin, en s’approchant du détroit, le vent tourne Est et monte à 20-22 nœuds, la mer se forme très vite sur le plateau au large du Cap de Trafalgar, zone connue pour être mouvementée car parsemée de hauts-fonds. Délicat de passer ainsi en mer Méditerranée, on décide de se dé-router vers Cadiz, où nous sommes sûrs de pouvoir être accueillis non loin d’un quai…


La suite : grand nettoyage et quelques réparations, selon les précieux conseils de Daniel et Danièle, voisins de ponton, qui ont toute leur vie réparé des bateaux ! Puis, apéro bien sympa sur le beau cata de Jean et soirée tapas & sangria… Après l’effort, le réconfort !
Notre petite Emilie a bien résisté, un bon petit bateau marin… qui a du caractère !

Nous partons vendredi direction Gibraltar, le vent passe Ouest, parfait pour passer le mythique détroit… enfin !

Les Bermudes – Les Açores, 1 800 miles (18 juin – 4 juillet)

Bien arrivés le vendredi 4 juillet à 6H du mat’, après 16 jours de mer.

Heureux de pouvoir prendre une vraie douche, avec le shampoing qui mousse sur la tête ;
Heureux de ne plus effectuer chaque petite tâche quotidienne sur un sol qui se dérobe sous nos pieds ;
Heureux de voir d’autres décors que la ligne monotone de l’horizon ;
Heureux de pouvoir déployer ses jambes de plus que quelques pas saccadés ;
Heureux de dormir une pleine nuit dans des draps moins trempés d’humidité ;
Heureux de re-manger des fruits frais ;
Heureux d’apprendre la libération d’Ingrid Bétancourt et de 14 otages colombiens & américains.



Le port d´Horta, ile de Fayal


A part cela, Emilie a avancé vite, poussée par un vent inconstant dans sa force et sa direction… ses voiles se sont adaptées !
Le stock de gasoil fût relativement peu entamé, le stock de bouquins, oui ! Encore de nombreux échanges de bons romans à effectuer avec d’autres équipages.
La pêche fût loin d’être miraculeuse : par 3 fois, un gros poisson à grandes dents s’est tout simplement permis de sectionner le bas de ligne en acier, rien que ça ! Après cela, un vague sentiment d’appréhension nous titillait dès lors que nous décidions de nous baigner… l’effet « Dents de la mer », sans doute !
Nos amis fidèles les cargos


Souvenir de cet inoubliable Concert de l’Atlantique


Quelle autre péripétie très intéressante vous conter ?! Ah oui, le fameux épisode du changement de voile, dont Nico se souviendra longtemps !
« Il était une fois »… un génois qui commençait à se découdre sérieusement au niveau de la bordure, une nuit à 5H du mat’. Pour limiter les dégâts, nous décidâmes de le « sortir » et d’appeler son remplaçant : un 2ème génois, tout beau tout propre en stock. La manip’ est plutôt classique. Dans une mer bien formée, on met en route un peu de moteur pour garder Emilie face au vent et manœuvrer plus facilement les voiles. Pas de bol, une écoute tombe à l’eau et vient s’enrouler autour de l’hélice. Le moteur stoppe net, l’écoute est coincée et Nico n’a plus qu’à aller plonger dans une eau glaciale, équipé d’un masque & tuba. Séverine prie pour qu’il ne se prenne pas un coup de coque sur la tête, sous l’effet d’une vague, ce qui ne fait jamais trop de bien… Nico triomphe et remonte sur le pont. On affale la voile d’avant, on enfile la nouvelle, qui s’élève gentiment, à l’aide d’une drisse. Tout semble presque réglé, mais au ¾, elle se bloque… après maintes tentatives, rien à faire.
Nico n’a plus qu’à accomplir un 2nd exploit sportif pour sauver la situation. Harnaché, il grimpe au mât, puis suspendu dans l’air, fait le saut de l’ange pour se retrouver agrippé à l’enrouleur à l’avant. Et là, de vicieuses vagues le font tournoyer autour de l’axe, tel un la boule d’un bilboquet. Séverine, en bas, tenant la barre d’une main, la drisse assurant Nico de l’autre, vire au blanc, horrifiée et se sentant totalement impuissante. Dans un moment de répit, Nico arrive à donner le coup de clé alène qui va bien pour refixer les vis de fixation des tubes de l’enrouleur. Puis il demande à redescendre. La voile peut désormais être hissée allégrement, ouf. Nico a le teint verdâtre et est épuisé.

La voile déchirée et sa remplaçante… Un changement de voile = une Sév blanche et un Nico vert


En transat’ retour, la mer n’est pas toujours très docile


Pour nous réconforter, nous avons droit à de bons petits desserts, guidés par la main du Maître de la pâtisserie Alain… et Nico apprend vite !

Les enfants, lequel préférez-vous ?!


Miam les muffins !

Miam les pains au chocolat et les croissants !!!

Et Miam le pain !!




Et pendant ce temps Sév bosse (pour vous !) sur le blog… ou barre sous la pluie, moi, froid jamais !







Nous profitons quelques jours de la beauté et tranquillité de l’île de Fayal. Nous repartons bientôt, probablement jeudi 10 juillet, direction l’Espagne !

Les Bermudes – Les Açores (1 800 miles), nouvelles du 26 juin

Bonjour les terriens !

En mer depuis 8 jours déjà, nous avons parcouru 929 miles (la moitié !) et espérons fêter les « 1 000 miles » demain soir. Une bouteille de vin et« chut »… quelques douceurs sucrées surprise marqueront cette 1ère étape ! On a navigué travers au vent pour commencer, cap 60° pour remonter un peu plus au Nord et éviter l’anticyclone des Açores, pour nous signe de pétole. On sait que vous attendez avec impatience ses effets pour fêter dignement l’été. Bonne nouvelle, les fichiers météo montrent qu’un boutd’anticyclone (on appelle cela une « dorsale ») se dirige vers les côtes françaises… vous apportant bientôt ciel bleu et soleil… à confirmer avec Patrice Drevet ou Evelyne Delhia !

De notre côté, on cherche la zone de resserrement entre l’anticyclone et les dépressions pour attraper du vent dans nos voiles. On en a eu modérément, à l’exception d’un bon 20 nœuds portant ces 2 derniers jours, ce qui nous a fait bien avancer. A force de chercher la dépression, on a aussi trouvé beaucoup de grisaille, de pluie et de froid, grrrrrr !!!! On a ressorti avec peine couvertures et vestes en polaire ! Le soleil est cependant revenu.


Une nouvelle règle : quand le vent mollit, on se jette à l’eau accrochés à un bout, pour éviter de perdre un équipier emporté par le courant ! C’est vivifiant et remonte le moral, quand on se traîne ! Les muffins et pains au chocolat de Nico, réalisés selon les bons conseils du pâtissier en Chef Alain, y contribuent aussi grandement !

Autres faits marquants : la fête de la musique le 21 juin. On l’a fêtée sous la pluie, comme il se doit chaque année ! Nous avons eu cependant la chance d’assister au « Concert de l’Atlantique ». Mieux que Johnny auStade de France et malgré la pression, Nico s’est produit à la guitare devant des millions de… poissons ! Et vous ?! Lunettes de soleil ou parapluie ? Bal musette ou concert de rock ?
A part cela, peu d’animations, à part la rencontre d’un super-tanker parci, une baleine qui fait des-bonds par là, et quelques oiseaux. Pas d’autre bateau à voile à signaler. Emilie va bien et nous aussi !

Notre position est 37°25.38 Nord et 47°56.18 Ouest. On fait route directe vers les Açores Cap 80° et espérons arriver dans une petitedizaine de jours…
A plus !

Cuba – Les Bermudes, 900 miles (4 – 14 juin)

Le vent s’est finalement levé Nord et nous a poussés à 6 nœuds de vitesse vers les Bermudes… ouf ! 900 miles en 10 jours, on n’aura jamais été aussi… lents ! Moins de 4 nœuds de moyenne…

On gardera cependant le beau souvenir de nos 2 chouettes baignades par 3000 mètres de fond… quand, speedomètre et anémomètre ont affiché zéro, on a jeté à l’arrière du bateau un pare-battage accroché à un bout. Puis, après s’être assuré qu’un équipier était toujours présent à bord, histoire d’éviter le scénario catastrophe de l’équipage entraîné par le courant et du bateau qui dérive « seul », on a tous les 3 successivement plongé dans une eau bleu marine… une immense piscine, où il faisait bon ne pas apercevoir d’ailerons !

Autre moment joyeux : la capture d’un poisson, grâce à notre belle canne à pêche ! Nico n’est pas peu fier d’avoir attrapé une calangue jaune… ça, c’est notre savant bouquin sur les poissons qui nous l’a dit ! On a ôté les filets, tout simplement revenus dans un peu de beurre et relevés d’un jus de citron, on s’est régalés !










Puis, enfin on voit la terre, c’est toujours un moment jouissif… L’archipel des Bermudes est magnifique, avec ses côtes découpées et bien préservées, eau turquoise et plage de sable fin, jolies maisons aux toits blancs et jardinets proprets… ainsi que des autochtones très polis !








Encore de nombreuses photos à vous mettre en ligne... dès que possible ! Nos 4 jours là-bas ont été bien remplis de séances classiques de nettoyage, bricolage, visite de l’île, puis re-préparation d’Emilie pour la suite de la transat’.
Nous partons tout à l’heure, mercredi 18 juin, et mince on a loupé la collègue Cécile qui vit aux Bermudes depuis un an en famille (pourtant y a pas de réseau de distribution de gaz ?!). Cette dernière était de passage en France à cette époque, c’est ballot, comme dirait Caro ! Prochaine escale : les Açores, 1800 miles à parcourir…

Rendez-vous donc sur cet archipel portugais début juillet, si tout va bien. Et d’ici là, préparez bien crème solaire, short et tongs, c’est bien à votre tour cette fois-ci de profiter des vacances d’été ! Les enfants, nous vous souhaitons déjà de bien vous amuser avec vos familles et vos amis… et les enfants de Cuba vous saluent !

Prenez soin de Vous, des Océans et de votre Environnement !

A bientôt !

Cuba – Les Bermudes, nouvelles du 11 juin

Quelques jours seront nécessaires à la préparation d’Emilie et à la logistique à bord, pour une nouvelle transat’… en effet, les courses s’avèrent un peu plus compliquées à Cuba, qu’aux Canaries où il suffisait d’emplir ses 2 caddies chez Carrefour, passer à la caisse et attendre la livraison au ponton !
A Cuba, pas d’hypermarché, loin de là, on achète ce que l’on trouve et on fait preuve d’imagination pour confectionner de nouvelles recettes ! La marina de Puerto de Vita est relativement bien achalandée pour les produits de base et le frais.

On est bien partis mercredi 4 juin, motivés, pour prendre la mer. Il valait mieux, les 3 premiers jours furent particulièrement ventés et sportifs : 20 nœuds de face. Sur l’eau, Emilie gîte et tape vigoureusement sur une mer bien formée de vagues nous arrivant dans le nez. La vie à bord est des plus limitées… mais au moins on avance ! On fait de l’Est pour commencer, cap 40° pour traverser les Bahamas. Puis, comme conseillé par notre guide nautique « Routes de grande croisière », on fait route vers le nord, cap 10° pour rejoindre les courants d’ouest associés au Gulf Stream. Malgré cela, on se trouve depuis 3 jours dans la pétole… dur, car nos réserves limitées de gasoil ne nous permettent pas de faire trop de moteur… et les voiles battent, et les jours défilent… environ 500 miles parcourus en 6 jours, et notre moyenne baisse chaque jour un peu plus… on garde le moral !

A plus !

Venezuela – Cuba, 900 miles (6 – 13 mai)



Dur de quitter les îles tranquilles et charmantes de Los Roques… pour aller naviguer dans une mer houleuse !


Pour quitter l’archipel, il faut zigzaguer minutieusement entre hauts-fonds et barrière de corail, la couleur de l’eau et le sondeur nous aident bien !


A la sortie de la barrière de corail, Emilie s’est retrouvée bousculée par de hautes vagues qui venaient régulièrement inonder le cockpit. A l’intérieur du bateau, il faut se réhabituer à vivre avec un sol qui bascule fortement et à être déséquilibré par d’énergiques secousses. Nous naviguons cap 355 travers au vent, par une petite brise docile, soufflant à… 25 – 30 nœuds ! Même avec 2 ris dans la grand voile et le génois déployé au ¼, Emilie bat des records de vitesse. Lorsque l’on se sait bientôt arrivés au port ou tranquilles au mouillage le soir, c’est plutôt grisant de naviguer dans des conditions un peu sportives… lorsque cela dur 3 jours et 3 nuits, on fatigue ! Surtout que nous ne sommes pas très nombreux à nous relayer à la barre… le régulateur d’allure n’arrive plus à suivre, heureusement le pilote automatique a bien assuré son « quart » ! On dort mal et on mange peu… et là je sens que l’on vous fait beaucoup moins envie que lorsque nous savourions le rythme et la beauté des îles !

Heureusement, nous avons eu la visite d’une bande de joyeux dauphins, copains de jeu d’Emilie… c’est à celui qui viendra se frotter le plus proche de sa coque ou faire des bonds devant son nez !




Après la gîte et l’effort… le réconfort, c’est au vin rosé du Chili que Nico se soigne !


A l’approche des côtes de Porto Rico à l’est et de la République Dominicaine à l’ouest, le vent tourne et l’allure « portante » remet le bateau à plat, ce qui est bien plus appréciable pour la vie à bord ! Nous franchissons le Passage Mona cap 330, de nuit, ce qui ne pose pas de problème car il est large de 60 miles. Il faut juste rester vigilants car les cargos sont nombreux à défiler, direction les Grandes Antilles ou le Canal de Panama. Nous naviguons proche des côtes de la République Dominicaine que nous ne voyons pourtant pas, cachées derrière une épaisse brume de chaleur. Dommage, nous ne pourrons y faire escale, le temps va trop vite ! Proche des côtes d’Haïti et à mesure que nous nous approchons de Cuba, le vent tombe totalement et il nous faire appel à notre bon vieux moteur Perkins, qui démarre au quart de tour ! C’est parfois reposant de glisser sur une mer d’huile…


Ca c’est du cargo ! La nuit, on fait moins les malins avec ces mastodontes… surtout que l’on est tombés en panne de feux de route et de radar !


Les enfants, comme sur une voiture on a des feux : à l’avant, ce ne sont pas des phares pour éclairer la route, mais un feu rouge à gauche et un feu vert à droite, ce qui permet aux autres bateaux de nous voir et d’en déduire notre direction. Nous avons un feu blanc à l’arrière, on l’appelle le « feu de poupe ». Il existe aussi un « feu de tête de mât », tout en haut du mât que l’on allume lorsque l’on est au mouillage.
La tentative de pêche fût infructueuse, malgré un gros poisson pris, qui s’est détaché à quelques encablures de la plateforme arrière, rageant ! Et malgré la belle canne à pêche offerte par Vanessa et Mattias en Guadeloupe. Mais nous avons encore de très nombreux miles à parcourir avant de rentrer à la maison, et nous n’avons pas dit notre dernier mot !



Nous faisons cap direct 282 sur la côte nord-est de Cuba, lieu d’atterrissage choisi pour visiter le pays. Nous comptions sur nos chers alizés pour nous pousser tranquillement vers notre objectif… c’est finalement du vent secteur ouest qui se lève, en plein dans le « pif » ! Nous finirons donc notre balade en mer « au près ». Notre guide nautique, peu récent, nous indique Puerto de Vita comme porte d’entrée possible… mais reste une grande part d’inconnu sur l’accueil des autorités cubaines… Avant de partir, nous avons essayé de contacter par mail l’Ambassade de France à Cuba, le Consulat Cubain en France, l’Office du Tourisme de Cuba, et enfin la marina de Puerto de Vita pour nous assurer que nous pouvions effectuer la « clearance » là-bas… nous n’avons jamais eu aucune réponse ! Si elle s’avérait négative, nous devrions poursuivre vers La Havane, la capitale, à 400 miles de là… c’est-à-dire, 4 jours et 4 nuits de plus !

On remet les voiles !

Dans le journal anglo-saxon « Compass » distribué dans les marinas, ou sur Internet, certains plaisanciers témoignent de formalités administratives très lourdes et longues, d’autres ont même dû patienter plusieurs jours avant d’avoir le droit de mettre un pied sur le sol cubain… Cuba reste une destination rare, ces derniers mois nous n’avons croisé aucun bateau qui en avait l’expérience et pouvait nous donner des renseignements récents… que nous attend-il donc ?! La suite, au prochain épisode !

Le Cap Vert – La Martinique, 2080 miles (30 décembre – 16 janvier)






Sur notre petite coque plastique, nous avons repris notre vie proche de la nature, où l’organisation de notre journée, notre humeur et l’avancée de notre projet dépendent du vent ! Théoriquement, les alizés sont bien établis au mois de janvier, particulièrement en partant du Cap Vert à une latitude de 16° Nord. En pratique, après 1000 premiers miles parcourus sur un rythme soutenu pour Emilie, la 2ème partie fût beaucoup plus laborieuse, tout simplement en panne de vent.
C’est quelque peu frustrant mais comme le dit un sage marin : «En mer, on sait quand on part mais on ne sait jamais quand on va arriver ».
La transat’ est tout d’abord une expérience humaine : apprécier dans la durée des journées qui se suivent et se ressemblent, dans un même décor, les mêmes équipiers, ou seul face à l’immensité de la mer. Ce n’est pas un exercice très naturel mais on arrive à y puiser une certaine tranquillité d’esprit quand ce dernier a l’habitude d’être encombré de mille vicissitudes.

La beauté de la nature...

La navigation est bien plus simple que celle qui doit être suivie de près par le skipper en Manche ou en Bretagne. Pas de calculs savants de marée, ni de cailloux à éviter. Juste bien régler ses voiles, optimiser cap et vitesse (quitte à s’écarter d’une vingtaine de degrés de la route directe), recueillir quelques fichiers météo pour ne pas être surpris par le mauvais temps.
En vent arrière, le génois est tangonné en ciseaux avec la grand voile, dotée d’une retenue de bôme. On a aussi essayé ginaker et génois en papillon, assez efficace quand la mer est calme.
La navigation au grand large permet l’utilisation « d’équipiers techniques », qui se révèlent très utiles, vu notre équipage réduit : notre précieux pilote automatique Furuno que nous utilisons de pair avec le moteur et le régulateur d’allure, qui a l’avantage de ne consommer aucune énergie. Il tient une allure plutôt qu’un cap et doit être contrôlé & réglé quand le vent tourne. Il a barré de très nombreuses heures à notre place, c’est vraiment notre copain ! En 17 jours, nous avons croisé 2 cargos et vu aucun bateau à voile… l’Océan est vaste !















Notre copain, le régulateur d'allure


Peu de présence humaine au bout de notre longue vue donc, mais une autre sorte de faune : pendant ces deux semaines, nous avons croisé des meutes de poissons volants. Ils filent à la surface de l’eau à une vitesse prodigieuse. La nuit, malheureusement pour eux, certains viennent s’échouer sur le pont du bateau, après un choc violent contre une voile, le taud ou tout ce qui peut s’élever invisible à leurs yeux dans l’obscurité. Quand on barre ou vient veiller, on a toujours la crainte de s’en prendre un en pleine tête… ils sont très rapides et certains atteignent la taille d’une bonne grosse sardine ! On dit qu’Eric Tabarly naviguait dans les alizés avec un casque intégral pour éviter un « accident de poisson-volant », sur un Pen Duick ou autre bateau certainement bien plus rapide qu’Emilie !

Les enfants, ces poissons sont comestibles mais on ne les mange pas car ils ne sont pas très bons et bourrés d'arrêtes. En plus, la plupart du temps, on les trouve morts et séchés par le soleil le lendemain matin, donc plus très frais.


Remarquez ces étranges ailes !

On a côtoyé aussi d'autres animaux au cours de cette traversée : à plus de 600 Km du Cap Vert, on a hébergé un oiseau qui semblait perdu et épuisé. On a tenté de le nourrir et de l’abreuver sans succès. Il a survécu et s’est envolé le lendemain matin. Il est toujours étonnant de voir des oiseaux jusqu’au milieu de l’Atlantique… quelle énergie et quelle autonomie ! Un autre passager clandestin s’est posé sur Emilie et a vécu 4 jours avec nous, on a eu le temps de le surnommer « Pouic Pouic ». Il semblait épuisé et vieux... Au début on le logeait dans le cockpit pour qu’il puisse repartir en mer quand il le souhaitait mais régulièrement, surtout la nuit, on le retrouvait sous l'escalier de la descente. On lui a posé une assiette avec de l'eau et du pain, auquel il ne touchait pas… Au 4ème jour, il retrouvait le paradis des oiseaux… et on s’est sentis « bêtes » et tout orphelins !







Pouic Pouic aux pattes palmées !





Le dernier jour de la traversée, l’excitation monte… et c’est à celui qui verra la Terre en premier… Nicolas, bien sûr, vue la myopie façon taupe de Séverine, malgré ses lentilles de contact ! Qu’il devient alors jouissif de barrer avec quelque chose à regarder devant soi !!
A notre arrivée, très bon accueil de l’équipe de la capitainerie du Marin, qui nous ont trouvé une petit place au ponton, où nous avons passé quelques jours nécessaires à la maintenance d’Emilie… puis direction Saint-Anne à la sortie du port pour un mouillage très agréable au beau milieu d’une eau claire et turquoise… On va peut-être commencer à vous faire rêver !








Le mouillage de Saint-Anne, petite station balnéaire




Après 4 jours de "bichonnage", tout va bien pour Emilie... dans une eau à 27° !




En face de nous, plages et cocotiers... et le Club Med !